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    16-04-2010
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    Film uit 2001 van Raffaele Mertes

    Voor een bespreking (in het Engels)


    Trailer



    16-04-2010, 00:00 geschreven door Willy Moerman  
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    03-09-2011
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    PEPLUM-PEDAGOGIE

    L'ANTIQUITE AU CINEMA

    Réflexions, bibliographie et filmographie, suggestions d'utilisation en classe.

    Par Emmannuel Noussis, professeur au Lycée Fustel de Coulanges à Strasbourg

    I. Une approche didactique.

    Dès les débuts du cinématographe, l'Antiquité a fourni le cadre, les héros et les intrigues d'une multitude de films qui ont eu comme fonction de sortir le cinéma du statut d' "art des hilotes" en s'opposant aux comédies burlesques dont les gags relevaient plus de la foire que de d'une forme d'expression artistique. Malgré le siècle qui sépare le premier Néron (1909) du dernier film à sujet antique, "Gladiator" (2000), les caractéristiques des films sur l'Antiquité qu'on appellera pour simplifier peplums, se mettent très vite en place et créent une sorte de code sémantique dont les éléments se transmettent d'un pays à l'autre, d'une période à l'autre et qui ont fait de ces films de véritables spectacles populaires. Il existe évidemment des exceptions comme les films de P.P.Pasolini, de F.Zeffirelli ou de F.Fellini, mais leur vision de l'Antiquité marquée par la personnalité de leurs auteurs, est loin de pouvoir contrebalancer les clichés véhiculés par l'industrie cinématographique américaine et sa rivale italienne qui ont produit des centaines de films à grand spectacle ayant forgé des stéréotypes qui très souvent occultent la réalité historique mais qui ont marqué les représentations de l'Antiquité.

    Le peplum est d'abord synonyme de grand spectacle. Décors grandioses, fourmillement de figurants, musique pompeuse sont là pour nous mettre plein la vue, surtout à partir de l'apparition du cinémascope.

    La thématique, elle, puise dans les épisodes les plus connus, les héros légendaires, les personnages historiques dont la vie et l'oeuvre offrirent le matériau idéal pour les films à grand spectacle ("epic films"). Bons et méchants, oppresseurs et opprimés, héros qui triomphe du mal, amour impossible face à la raison d'Etat, intrigues de palais, violence et érotisme, conflits de civilisations fortement manichéistes constituent la trame de base du peplum. Selon la volonté du réalisateur, l'accent est mis soit à la fidélité de la reconstitution historique, soit à l'intrigue de l'histoire, soit enfin au spectacle sans trop se soucier de l'Histoire.

    Film historique ou anachronique ?

    On a souvent reproché au peplum de privilégier le spectaculaire au détriment de la réalité historique. Les cinéastes trouvent dans l'histoire de l'Antiquité toute une série de scénarios faits pour le cinéma. Les textes des historiens latins, de la mythologie et surtout ceux de la Bible offrent comme le dit Ricardo Freda, "des possibilités innombrables de scénarios passionnants" mais aussi des situations multiples pouvant être mises en spectacle, notamment les guerres. Pour ce qui est des costumes, des décors, des paysages, la peinture académique, les ruines et les conseils des spécialistes donnent aux réalisateurs l'image de l'Antiquité qu'ils sont censés reconstituer.

    Il faut ici distinguer deux types de films. Le premier s'attache à reconstituer une période historique à partir de documents d'époque que le réalisateur revisite avec l'aide de spécialistes de cette période. C'est le cas de Cecile B.DeMille dans "Samson et Dalila", de Manckiewicz dans "Cléopâtre", d'Anthony Mann dans "La chute de l'Empire romain" ainsi que de Howard Hawks dans "La terre des pharaons" . Le second se rapproche du film de divertissement populaire mettant l'accent sur les exploits de héros musclés (voir la série des Hercule et des Maciste) se déroulant dans des pays plus ou moins imaginaires et relevant plus du film fantastique que de la reconstitution.

    Quelle que soit l'intention du réalisateur et la qualité cinématographique du film, les cinéastes sont toujours influencés par le regard des auteurs anciens sur la période et par leurs propres représentations, elles-mêmes produites par la société à laquelle ils appartiennent. Ainsi, comme tout film dit historique, le peplum est donc un révélateur de préoccupations qui dépassent largement la période historique représentée. Quo vadis? est un film qui dénonce à la fois la cruauté d'un empereur romain et le système totalitaire dont il est la tête. Le parallèle avec l'URSS de Staline, dans le contexte le contexte de la Guerre Froide, s'opère aisément.

    Marc Ferro distingue deux types de cinéastes: ceux qui se servent de l'Histoire pour les besoins de l'intrigue et du spectacle sans avoir le souci d'éclairer le passé par une approche personnelle et ceux qui tiennent un véritable discours historique qui innove et qui appelle une critique historique destinée à rechercher d'une part l'idéologie qui le sous-tend et d'autre part le rapport qu'il entretient à l'Histoire. Critique méthodique (interne et externe) du document filmique, analyse du discours sur l'Histoire selon la méthode proposée par M.Ferro, recherche de l'impact du film sur la société dont il est le produit sont les angles d'approche du point de vue de l'historien.  

    II. Bibliographie et filmographie

    Un choix de publications et de films à utiliser en classe. 

    A. Bibliographie

    "Le péplum: l'Antiquité au cinéma."

    Ouvrage collectif dirigé par Claude Aziza, revue Cinémaction, n°89, Corlet, Télérama, 1998. C'est l'ouvrage de référence dirigé par Claude Aziza Maître de conférences de latin à Paris III. Hormis une série d'articles, il contient une filmographie très détaillée classée par périodes et par civilisation.

    Encyclopédie Alpha du cinéma T.4: Le cinéma historique. Ed. Alpha 1979.

    "Hollywood sur Nil" de Noël Howard . Coll. Poche Cinéma. Ed. Ramsey 1985. C'est le récit du tournage de "La Terre des pharaons" de Haward Hawks.

    "Le péplum et l'Antiquité latine" de Nadine Siarri-Plazanet. N° spécial de la revue Artela (mars 1990). Université du Mirail, 5 allée A.Machado 31058 Toulouse.

    "L'Histoire au cinéma " de Jean Loup Bourget. Découvertes Ed. Gallimard 1992.

    Un chapitre consacré à l'Antiquité et surtout aux rapports entre société et film historique. Des documents de toutes sortes illustrent ce petit livre avec notamment une partie concernant l'Egypte des pharaons et son "traitement" hollywoodien.

    "Cléopâtre, vie et mort d'un pharaon" de E.Flamarion. Découvertes Gallimard 1993.

    Péplum et superproduction. B.T.2 n°271 nov.1994 (abon.CDI).

    La synthèse la plus accessible, beaucoup de CDI en Collège y sont abonnés. Une filmographie bien fournie, des monographies plus ou moins intéressantes, une approche thématique qui peut servir de réservoir d'idées, font de cet ouvrage un excellent outil de travail.

    "Spartacus": dossier Contreplongée, cinéma l'Odyssée, Strasbourg .

    L'Antiquité au cinéma, d'Annie Collognat in Bulletin de l'Association Gu.Budé, Oct - 1994- (p.332-351).

    Catalogue ciné-vidéo (abonnement possible) 90 rue de Flandres 75943 Paris cedex 19.

    "L'Europe à l'écran : le cinéma et l'enseignement de l'histoire", par Dominique Chansel, Éditions du Conseil de l'Europe, 2001.

    Dominique Chansel - actuellement professeur au Lycée de Luynes - nous présente 50 films européens et leur utilisation possible en classe. Chaque fiche permet de connaître les conditions de réalisation de l'œuvre (le réalisateur, le scénario, l'accueil des contemporains ...), de porter un regard critique sur celle-ci (partis pris et points de vue), et d'en concevoir une utilisation pédagogique (pistes de travail, travaux de documentation).

    . Ouvrage très utile sur la démarche didactique même s'il ne traite pas spécifiquement l'Antiquité.

    La bibliographie ci-dessus n'a rien d'exhaustif. Nous avons essayé d'épouser les différents types de sources dont on peut disposer relativement facilement. 

    B. Filmographie

    Les films retenus ne représentent qu'une infime partie du corpus. Les critères de sélection s'appuient essentiellement sur la qualité de la reconstitution, l'intérêt pédagogique des thèmes et l'accessibilité soit par le biais des rediffusions télévisées, soit par la voie commerciale.

    1) Egypte ancienne

    - Nefertiti, reine du Nil de Fernando Cerchio. Italie 1962.

    Comme tous les péplums italiens de l'après guerre, ce film n'échappe pas aux règles: figuration nombreuse, décors grandioses, folklore antiquisant avec une pointe d'orientalisme, intrigues de palais, amours contrariées, mise en scène conventionnelle de type série B.

    On peut cependant trouver quelques scènes présentant certains aspects du rituel politico-religieux de l'Egypte pharaonique.

    - La Terre des pharaons de Howard Hawks . Etats-Unis 1955

    Superproduction américaine dont le tournage est raconté dans le savoureux

    "Hollywood sur Nil" de Noël Howard, directeur de la seconde équipe.

    - Pharaon de Jerzy Kawalerowicz. Pologne 1966.

    Film assez rare qui a été diffusé il y a quelques années sur Canal+. C'est une reconstitution bien documentée dont certains extraits peuvent être utilisés pour montrer la puissance du maître de l'Egypte.

    Mais attention! Les débats entre Ramsès XI et les prêtres qui finiront par l'assassiner, se rapportent plus à la Pologne des années 60' qu'à l'Egypte du 1er millénaire av. J.C.

    - Les dix commandements de Cecile B. de Mille Etats-Unis 1956.

    Une vision de l'Egypte très anachronique, sorte d'Etat totalitaire avant la lettre opprimant un peuple qui aspire à la liberté: les Hébreux. Là aussi, selon les objectifs de la séquence, nous pourrons trouver les extraits les plus pertinents:

    Cette filmographie ne peut pas ignorer l'interminable série de films sur Cléopâtre dont le premier "Le tombeau de Cléopâtre", est de G.Méliès (1899). Mais en général ces films sont plus utiles quand on étudie la civilisation romaine.

    2) La Grèce antique

    Contrairement à l'Antiquité romaine, la Grèce a moins inspiré les cinéastes, américains tout au moins.

    Hormis les héros mythiques, Héraclès-Hercule, Ulysse, Achille, Jason, Persée, Oedippe, le peplum grec ne s'intéresse guère aux sujets historiques. Le côté fantastique, grâce aux effets spéciaux, l'emporte sur la reconstitution fidèle du monde grec. 

    - Le lion de Sparte de Rudolph Maté. Grèce-Etats-Unis 1962.

    Film relatant l'exploit de Léonidas à Thermopyles, mais dont l'intérêt est assez limité.

    - Alexandre le Grand de Robert Rossen. Etats-Unis, 1956.

    Avec Richard Burton dans le rôle du roi macédonien, cette superproduction est surtout un portrait psychologique de ce personnage légendaire, agrémenté de quelques scènes de bataille qui ne manquent pas d'intérêt.

    - Ulysse de Mario Camerini. Italie 1954.

    C'est une adaptation assez libre, mais réussie, de l'Odyssée, Kirk Douglas, dans le rôle du héros, passant des moments intimistes aux scènes d'action avec beaucoup d'allant et de crédibilité.

    Ici, le travail transdisciplinaire avec le professeur de Français s'impose. La séquence du cyclope paraît, parmi d'autres, la plus spectaculaire sans oublier Charybde et Scylla et la vengeance d'Ulysse.

    - Le choc des Titans de Desmond Davis, Gr.Bretagne 1981 .

    Un des derniers péplums qui doit l'essentiel de sa réputation aux spectaculaires trucages de Ray Harryhausen. Il raconte les aventures de Persée, héros à qui les dieux imposent des épreuves extraordinaires tout en lui donnant les armes pour affronter des sorcières, des monstres et des scorpions géants.

    - Hélène de Troie de Robert Wise, E.Unis 1955. Superproduction hollywoodienne où le nombre de figurants atteint des sommets(30000...).

    3) L'Antiquité romaine

    Dès le premier âge du péplum, les "sujets romains" dominent avec les incontournables César, Néron, Caligula, Pompéi et Spartacus. Entre 1896, date du premier Néron de l'Italien Alberto Promio, et 1914, date de la première superproduction de l'Histoire, Cabiria de Giovanni Pastrone ( 4 heures de projection ), 4 péplums sur 5 ont une thématique latine.

    Dans la masse des productions de qualité très inégale, nous n'avons retenu que les grands classiques à la portée de nos élèves mais ce choix, faut-il s'en cacher, est aussi guidé par les images qui ont nourri notre enfance.

    - Romulus et Rémus de Sergio Corbucci, Italie-France,1961.

    La fondation de la cité de Rome revue façon peplum italien. Une mise en parallèle d'extraits ( par exemple le début et la fin du film ) et du texte de Tite-Live peut amener les élèves à réfléchir sur le thème mythe et Histoire.

    - Cabiria de Giovanni Pastrone, Italie 1914.

    Déjà diffusé sur Arte, ce monument du genre représente un double intérêt. Sur le plan cinématographique d'abord, le film révèle l'extraordinaire, pour l'époque, sens du spectacle qu'avait ce grand cinéaste. Sur le plan du traitement thématique de l'Antiquité le scénario de D'Annunzio et la mise en scène préfigurent déjà les peplums de l'âge classique : monstres, destructions, combats, héros musclé (: première apparition de Maciste ).

    - Les derniers jours de Pompéi : plusieurs adaptations cinématographiques de ce roman de W.Paul (1897), nous en avons choisi celle d'Ernest B Schoedsack (1935).

    - Spartacus de Stanley Kubrick, Etats-Unis 1960.

    Sur un scénario manichéen qui ne manqua pas de l'agacer, Kubrick, choisi pour remplacer A.Mann, réalise un classique dont on peut tirer deux extraits intéressants: le combat des gladiateurs et la manoeuvre des légions romaines lors de la bataille finale.

    -Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, Etats-Unis 1963.

    " Le film dont je ne parle jamais ".Véritable gouffre financier, ce film a failli ruiner le réalisateur mais il représente sans doute un des sommets du peplum.

    4) Rome et le christianisme. 

    - Ben Hur de William Wyler, Etats-Unis 1959.

    Ici aussi la vision des Romains est très proche du contexte historique des années 50 (affrontement entre le camp de la liberté et le système totalitaire soviétique) et rappelle par certains côtés l'occupation allemande..

    " Que dois-je faire pour être encore plus proche de la réalité?" demande Wyler à une spécialiste de l'Empire romain. "Il faut tout brûler" lui répond l'historienne tout en soulignant les qualités esthétiques de la reconstitution.

    La course de chars reste cependant un véritable morceau d' anthologie à intégrer dans le montage intitulé " Les jeux du cirque".

    D'autre part, des séquences intéressantes pourraient être utilisées pour montrer quelques aspects de la domination romaine ainsi que la bataille navale .

    - Quo Vadis? de Mervyn Le Roy. Etats-Unis 1951.

    C'est une reconstitution de qualité dont les scènes les plus spectaculaires ont été tournées par Anthony Mann. En revanche, l'image de Néron ( amusante composition de Peter Ustinov) est autant marquée par le contexte de la Guerre Froide (Staline) que par la "martyrologie" chrétienne. Deux civilisations s'affrontent: totalitarisme romain et christianisme, ce qui n'est pas sans rappeler, ici aussi, l'affrontement Est-Ouest. On peut également mener une réflexion sur la persécution de 64 ap. JC et les multiples lectures qui peuvent en être faites.

    - Barabbas de Richard Fleischer, Etats-Unis-Italie, 1962.

    Film très inégal comme toute la carrière du cinéaste. Bonne reconstitution des jeux du cirque.

    -La chute de l'Empire romain d'Anthony Mann, Etats-Unis, 1964.

    Malgré ses anachronismes (l'action précède de trois siècles la fin de l'Empire d'Occident), c'est une œoeuvre spectaculaire et une reconstitution minutieuse des rapports entre Rome et les Barbares.



    03-09-2011, 00:00 geschreven door Willy Moerman  
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    04-09-2011
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    PEPLUM-PEDAGOGIE

    Les péplums et Hollywood, que d’histoires !

    par Nicolas Smaghue

    Les films de cinéma ou de télévision, et plus récemment les documentaires fictions, façonnent en partie la représentation que l’on se fait des sociétés du passé. Cette place qu’ils occupent dans la transmission du savoir historique mérite d’être questionnée à plusieurs titres. Les images filmées jouent tout d’abord un rôle dans la construction de l’imaginaire de chacun. Ensuite, depuis les années 1970, les historiens sont régulièrement sollicités par les réalisateurs ou les maisons de production pour en être les conseillers. Le cinéma hollywoodien a mêlé avec plus ou moins de réussite le religieux et le politique au travers des innombrables péplums qu’il a produit dans les années 1950 et 1960. Le péplum est par définition un film se situant dans l’Antiquité. Il en existe plus de mille : de l’épique au tragique, de l’aventure à l’horreur, du pastiche à la « fantasy »... Leurs sujets sont empruntés à des épisodes réels ou imaginaires, d’une antiquité historique aussi bien que pseudo historique. A bien des égards il est un document d’histoire, et ceci à double titre : d’une part pour la période qu’il relate et d’autre part pour la période dans laquelle il a été réalisé. Petite visite guidée dans le monde qui décline l’histoire au pluriel...

    Un spectacle grandiose, mais pas seulement

    Les péplums sont d’abord et avant tout de véritables spectacles populaires (Quo Vadis, Cléopatre, Gladiator peuvent en témoigner). Le péplum est en effet synonyme de grand spectacle : décors grandioses, multitude de figurants, musique pompeuse et plus récemment une violence très sanguinaire (Gladiator). Ils sont là pour nous éblouir plus que pour nous donner une leçon d’histoire ! Il s’agit donc moins de juger de leur historicité (même si le professeur doit en avoir fait l’analyse) que de laisser les péplums nous entraîner dans cette sorte de western à l’antique. En effet les codes sont similaires, même s’il existe une grande diversité de péplums, ceux-ci traitent souvent des mêmes événements (le supplice des Chrétiens), des mêmes empereurs (Caligula, Néron, Commode..). Il reste que démêler la vraisemblance historique de l’imaginaire peut être une bonne piste pour une exploitation pédagogique. Les péplums permettent alors de raconter une histoire pour mieux comprendre l’histoire. La difficulté pour l’enseignant est alors de conduire les deux objectifs sans surcharger la séquence de cours.

    Les décors sont un bon cas d’école. L’adaptation des péplums à l’écran permet toutes les dérives puisque la reconstitution part souvent de zéro. C’est une particularité pour le moins originale de ces films de voir le monde romain comme un tout qui n’a pas évolué en 1200 ans [

    1] ! Les cinéastes repèrent en effet dans l’histoire de l’Antiquité toute une série de scénarios faits pour le cinéma, mais ne se soucient pas souvent de la chronologie. Les textes des historiens latins, de la mythologie et surtout ceux de la Bible offrent « des possibilités innombrables de scénarios passionnants » (Ricardo Freda), mais aussi des situations variées pouvant être mises en spectacle (les guerres, les combats de gladiateurs, les entrées triomphales...). On s’autorise alors des libertés avec l’histoire. Mais des spécialistes sont convoqués pour les costumes, les décors, les paysages et cela donne aux réalisateurs la conviction de quasiment reconstituer les images de l’Antiquité. Ces films peuvent être de véritables et excellentes reconstructions. Pour son film Alexandre(2005), Oliver Stone a été plébiscité par la critique pour la qualité de ses reconstructions, son respect de l’histoire : Alexandre équipé comme les Romains l’ont dessiné sur la mosaïque pompéienne de la bataille d’Issos (visible au Musée de Naples)... « Un film historique qui respecte l’histoire » pour reprendre les propos de Lucien Jerphagnon [2]… Comparé à Alexandre de Robert Rossen, lui aussi un modèle du genre, les effets visuels sont supérieurs.

    Les reconstructions plus ou moins historiques du réalisateur peuvent être le miroir de la société et de l’époque à laquelle il appartient. Ce n’est plus tout à fait alors un simple spectacle. Cela dépasse la période historique censée être représentée. Le film Quo vadis? (1951) qui dénonce à la fois la cruauté d’un empereur romain et le système totalitaire est aussi une dénonciation de l’URSS de Staline, dans le contexte de la Guerre Froide. Pour reprendre Marc Ferro, il convient sans doute d’approcher les films historiques avec méthode : critique méthodique (interne et externe) du document filmique, analyse du discours sur l’histoire, recherche de l’impact du film sur la société dont il est le produit. On peut alors distinguer les cinéastes qui se servent de l’Histoire pour les besoins de l’intrigue et du spectacle, sans avoir le souci d’éclairer le passé par une approche personnelle, de ceux qui tiennent un véritable discours historique. On comprend ici l’intérêt d’une critique historique du péplum : rechercher d’une part l’idéologie qui le sous tend et d’autre part le rapport qu’il entretient à l’Histoire. Si le genre du péplum a longtemps été jugé mineur, n’ayant vocation ni pédagogique ni artistique, il peut néanmoins être considéré comme ayant une capacité à évoquer le passé qu’il est censé représenter et celui du contexte de l’époque du réalisateur. C’est dans ce sens que l’on peut le mettre en rapport avec l’étude des idéologies.

    Regards croisés sur quelques péplums au service d’une l’idéologie et de la religion aux États-Unis

    Faire un film sur l’Antiquité a permis et permet encore d’exprimer certains points de vue sans avoir à supporter la censure. Selon Natacha Aubert [

    3] , on a souvent voulu voir dans le péplum des années 50-60 « un contre coup à la guerre froide ». Les films, nombreux au demeurant, dans lesquels le héros lutte contre un tyran pour sauver un peuple écrasé ou, comme dans Spartacus (1960), une révolte d’esclaves ou de gladiateurs se lève contre l’oppression, permettent de militer en faveur de la lutte des classes sous couvert de faits historiques. Ils sont tellement éloignés du monde contemporain qu’ils ne constituent pas une menace, du moins à priori. Spartacus, produit et joué par Kirk Douglas, a été réalisé au moment le plus intense de « la chasse aux sorcières » aux Etats-Unis et cela n’est pas sans conséquences. Il s’agit certes de films où l’auteur du scénario prend de grandes libertés car il élabore une oeuvre de fiction. Pour cette raison, ces documents sont à exclure de prime abord de toute utilisation pédagogique. Il faut malgré tout creuser la critique et montrer aux élèves, comme le souligne Jean-Dominique Brignoli [4] , les contresens fâcheux d’une vision moderne et typiquement américaine sur la politique appliquée à Rome. Dans Ben Hur [5] de William Wyler (1959), la vision cinématographique des Romains est marquée par le contexte historique des années 50 : on y fait clairement référence à l’affrontement entre le « camp de la liberté » et le « système totalitaire » soviétique et par certains côtés à l’occupation allemande. Rome est un pouvoir oppressif incarné essentiellement dans les figures de Messala (le méchant à l’origine de tous les maux de la famille Hur) ou, avec plus de nuances, dans celle de Ponce Pilate. L’empereur Marc-Aurèle, dans Gladiator de Ridley Scott (2000), donne l’image d’un empereur philosophe, tolérant, et ne voulant que le bien de son peuple dans le cadre de la République qu’il faut rétablir. Cependant la République romaine a été plutôt élitiste et noyautée par quelques grandes familles alors que le régime impérial a été plus participatif et méritocratique. Ensuite, certaines scènes représentant Rome sont troublantes (notamment à l’arrivée du fils indigne, Commode), car elles rappellent les cérémonies nazies de Nuremberg et témoignent avec force de l’assimilation américaine de Rome à un régime fascisant où le pouvoir écrase le peuple : l’alignement des rangs de soldats qui s’étend à perte de vue, l’architecture de Rome qui ressemble aux maquettes du grand Berlin rêvé par Hitler, ou encore la coloration sépia de l’image qui accentue cette vision. Les reconstitutions froides et déshumanisées de Rome opposent ainsi un monde corrompu et sans âme, le régime impérial, à un monde vertueux, celui de la République, incarné par Marc Aurèle et le héros Maximus.

    Le cinéma américain est aussi le miroir des influences religieuses et de la référence à Dieu. Les péplums n’échappent pas à la règle, ils font largement appel à la morale religieuse et chrétienne en particulier. Selon François Monnanteuil [6], la référence à Dieu est depuis les origines un facteur d’unité pour une société américaine marquée par sa diversité. Le puritanisme a été le ciment de la société par son souci de vivre en conformité avec la volonté divine. Le code Hays en est un exemple [7]. Celui-ci doit permettre d’éviter toute déviation, toute atteinte à l’ordre établi (religieux, social, moral...), sauf si on le justifie par un scénario qui le rend indispensable. Dans toute la mesure du possible, la déviation devait être suggérée plutôt que montrée de façon explicite. Si la déviation est néanmoins montrée, elle doit l’être d’une façon qui ne la rende pas séduisante ou excitante, en particulier pour le jeune spectateur. Ainsi difficile d’entrevoir un nombril dans de nombreux péplums des années 1950-60 ! L’ordre établi et ses institutions ne doivent pas faire l’objet non plus d’un traitement qui les ridiculisent, qui leur fassent perdre leur dignité [8]. Ce code sera cependant régulièrement violé par les cinéastes à partir de 1950. Les cinéastes se livrent lieu souvent dans ce contexte à de véritables morceaux de bravoure quand ils tentent de respecter l’authenticité archéologique tout en respectant la loi (deux faits parfois contradictoires). Ainsi en matière de religion par exemple, on ne doit jamais ridiculiser un dogme, une foi religieuse. Un prêtre ne peut être présenté ni comme un personnage comique ni comme un « vilain ». Dans Quo Vadis de Mervyn Le Roy (1951), l’apôtre Paul est malmené par le général romain Marcus Vinicius qui ne comprend pas le sens du mot « rabbin ». Cette scène discrédite Vinicius aux yeux du spectateur qui ne peut que déplorer l’intolérance de ce romain. Marcus va apprendre à connaître les Chrétiens grâce à Lygia, une esclave convertie, dont il tombe amoureux. Evidemment il se convertit... Là encore, la vision américaine de Rome, intolérante, est bien partiale. C’est oublier que que les Romains intégraient les croyances étrangères à leur propre culte, le tout dans une vaste communauté politique romaine. Néron dans Quo Vadis est présenté comme le mal absolu, le matricide et le mauvais Romain car il a la faiblesse de s’intéresser plus aux plaisirs et aux arts qu’à la gestion de l’Etat. Il prend aussi les premières « mesures » antichrétiennes au moment de l’incendie de Rome en 64 ap. J-C (les lois néroniennes) qui semblent être selon les historiens de simples mesures de police. Il est aussi celui qui martyrisa Pierre et Paul. Il est donc toujours présenté, dans le péplum, comme l’Antéchrist (tradition ésotérique du Moyen-Âge). L’image de Néron, au demeurant amusante et somme toute iconoclaste grâce à la composition de Peter Ustinov, est autant marquée par le contexte de la Guerre Froide (Staline) que par la "martyrologie" chrétienne. Deux civilisations s’affrontent : l’ordre romain présenté comme totalitaire et le christianisme, ce qui fait référence à l’affrontement Est-Ouest. On approche ici la mystique d’un film qui donne à voir un empereur véritable allégorie du mal absolu. Dans Les dix commandementsde Cécil B. De Mille (1956), Charlton Heston incarne à la fois l’homme athlétique, héros très américain, mais aussi le guide du peuple élu (consciemment ou inconsciemment assimilé aux Américains) qui résiste à l’oppression égyptienne. Les arrières pensées idéologiques et même mystiques, une nouvelle fois, sont évidentes.

    Utiliser le péplum en classe, quelques pistes

    Les péplums sont des films que le professeur peut utiliser concernant l’antiquité qui est abordée dans les programmes : le fait religieux (l’exemple des Hébreux), les cadres principaux des institutions politiques de l’Antiquité (l’exemple de Rome) sont au cœur des programmes de collège et lycée. Le versant de l’idéologique, des pratiques culturelles, ou encore des systèmes de valeurs et de normes constituent un autre axe d’exploitation de ces films dans un cadre pédagogique.

    Former des élèves d’âge mûr (au lycée) à un regard critique est une occasion d’utiliser ces productions qui évoquent doublement le passé : d’une part l’antiquité, d’autre part l’époque à laquelle ces films ont été produits. Une partie du corps de valeurs dont se nourrit le modèle américain est visible dans le film Quo Vadis. Dans les premières minutes du film, où le consul est de retour avec sa légion à Rome, la voix off donne une lecture véritablement caricaturale de l’Empire romain, mais bien manichéenne du monde. Le péplum est au service d’une idéologie... Toujours sur la thématique des affrontements idéologiques, la scène de l’entrée « triomphale » de Commode à Rome dans le Gladiator de Ridley Scott (2000) est tout aussi caricaturale et idéologique. Il n’est sans doute pas inutile à ce titre de montrer l’assimilation de Rome à un pouvoir fasciste où le pouvoir écrase le peuple… Les Etats-Unis seraient le seul rempart ? Le seul pays apte à défendre la liberté dans le monde ? Les dix commandements de Cecil B. De Mille (1956) peuvent aussi renforcer l’idée qu’à travers ce film, les américains s’identifient au peuple élu.

    Sur la naissance et la diffusion du christianisme, les péplums sont utiles. Quo Vadispermet une entrée par l’expansion du christianisme à travers les voyages de Paul de Tarse. Même si certains critiques jugent ce péplum « accablant » [

    9], il détient finalement certaines vertus pédagogiques que le professeur d’histoire pourra utiliser. L’essentiel, ou presque, de ce qu’un élève du secondaire a besoin de comprendre est contenu dans le film : les méthodes, les lieux, les hommes de la diffusion du message du christ, la conversion progressive des Romains, quelques scènes où on assiste aux rassemblements des premières communautés chrétiennes. Celles-ci se réunissent dans des lieux assez informels (les catacombes par exemple) qui témoignent d’une Eglise qui se construit.

    Des films à visionner avec précautions

    La collusion entre politique et religion (et même la mystique du pouvoir, sa représentation) dans les péplums du cinéma américain passé et actuel a de quoi nous aider à conduire de nombreuses leçons. Les films les plus actuels se revendiquent comme étant plus proches de la réalité historique. Pourtant cela n’évite pas les dérives cinématographiques tel Gladiatorqui donne à voir de graves contresens historiques, eux-même soupçonnables de partis pris idéologiques. Une autre production de Ridley Scott, Kingdom of Heaven, qui sans être un péplum, tend aussi à délivrer un message de paix (« made in USA ») à destination de ceux qui semblent aujourd’hui se replonger au temps des croisades, confirme s’il en était besoin tous les bienfaits comme les travers d’Hollywood. Capable de proposer des reconstitutions et des décors extraordinaires, les productions tendent à proposer presque essentiellement des produits formatés et rentables, conformes à l’idée que l’Amérique se fait du monde. Il est finalement assez paradoxal d’observer qu’à notre époque, alors même que la censure est officiellement plus légère que dans les années 50, les films produits sont de plus en plus conformes… C’est pourtant l’ensemble de ces contradictions qui font des péplums un objet d’étude privilégié mais encore peu exploité.

    1] Michel Eloy, Rome, in Claude Aziza (dir.), Le péplum : L’antiquité au cinéma, coéd. Corlet-Télérama, CinémAction, n° 89, 4e trim. 1998, pages 56 à 62.

    2] Alexandre : quel péplum ! , Le Nouvel observateur, http://artsetspectacles.nouvelobs.c.... Lucien Jerphagnon est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur les mondes et les philosophies antiques.

    [3] Natacha Aubert, doctorante spécialiste de la représentation de l’Antiquité dans le cinéma, Université de Neuchâtel.

    [4] Jean-Dominique Brignoli, Le Visage de Rome au cinéma, la ville de tous les fantasmes cinématographiques, Histoire antique, hors-série 8, Décembre-Février 2005.

    [5] Ben Hur, roman écrit par Lewis Wallace en 1898 est déjà porteur d’une vision de l’empire romain au XIXe siècle.

    [6] François Monnanteuil, Le fait religieux aux Etats-Unis, dans l’enseignement du fait religieux, les actes de la DESCO, 2003.

    [7] Le code Hays a été rédigé en 1927 et appliqué de 1934 à 1966

    [8] Cité dans Jean-Loup Bourget, La norme et la marge, Nathan 1998.

    [9] Jean-Pierre Coursodon, Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain, Presses De La Cite, édition mise à jour 2003, page 629.



    Bibliographie

    Natacha Aubert, Un cinéma d’après l’antique - Du culte de l’Antiquité au nationalisme dans la production muette italienne, L’Harmattan, Le Temps de l’image, 2009.
    Hervé Dumont, L’Antiquité au cinéma. Vérités, légendes et manipulations, coédition Nouveau Monde (Paris) et Cinémathèque suisse (Lausanne), 700 pages, 800 photos en couleur, analyse de quelque 2 200 films et téléfilms.
    Jean-Dominique Brignoli, Le Visage de Rome au cinéma, la ville de tous les fantasmes cinématographiques, Histoire antique, hors-série 8, Décembre-Février 2005.
    Jean-Pierre Coursodon, Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain, Presses De La Cite, édition mise à jour 2003.
    Christian Delage, Vincent Guigueno, L’historien et le film, Folio histoire, 2004.
    Marc Ferro, Cinéma et histoire, Folio histoire, 1993.
    Claude Aziza (dir.), Le péplum : L’antiquité au cinéma, (avec la collab. de Michel Éloy,
    Hervé Dumont, Laurent Aknin, Lucas Balbo & alii), coéd. Corlet-Télérama, CinémAction, n° 89, 4e trim. 1998, 183 p.
    Cinémaction, n°89, 1998, en particulier l’article d’Annie Collognat ("Ab Urbe Condita. - Du mythe à l’écran : la naissance de Rome"), p.63-69.
    Frédéric Martin, L’Antiquité au cinéma, Paris, Dreamland, 2002.
    Le péplum : l’Antiquité au cinéma, Clermont-Ferrand, G. de Bussac, 1983.
    Cinéma et pédagogie, Revue belge du cinéma, n. 32, Bruxelles, septembre 1992.
    Jacquinot-Delaunay, Du cinéma éducateur aux plaisirs interactifs : rives et dérives cognitives, in BEAU F., DUBOIS P., LEBLANC G., Cinéma et dernières technologies, INA - DeBoeck Université, Paris-Bruxelles, 1998.



    04-09-2011, 00:00 geschreven door Willy Moerman  
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